“1er août 2018 : soyez en fête, nous serons en méditation” Dr Narcisse Tomety

Une indépendance, c’est la célébration de l’autodétermination et de l’émancipation de chaque peuple, de l’existence d’institutions fortes résistantes comme le rocher. C’est l’hommage rendu à la bravoure, à la créativité, aux inventions et aux valeurs. C’est la célébration des symboles, des fiertés nationales, du patriotisme, des avancées dans le respect des droits humains et de la sécurité humaine. C’est la célébration de la géopolitique du pays à travers des positions d’influence politique, d’influence scientifique et technologique, d’influence économique, d’influence culturelle et d’influence sportive.

L’indépendance ce n’est pas la célébration d’une diplomatie de mendicité institutionnelle ou d’État. C’est la capacité à affirmer les préférences nationales dans les visions, les décisions, les méthodes, les actions. Vous avez ça au Bénin? Désolé! NON.

Un défilé c’est pour célébrer tous ces déterminants et nous n’avons aucun acquis à célébrer. Hélas! Pourquoi nous mentir surtout que le discours sur l’assimilation du Bénin à un désert de compétences a été prononcé depuis l’Elysée à Paris et non du territoire national, que voulez-vous que nous retenions de l’indépendance. Nos dirigeants ne sont pas encore indépendants, nos institutions ne sont pas indépendantes, nous ne pouvons pas être indépendants nous les citoyens et pourquoi allons-nous croire que le Bénin est indépendant en 2018 alors qu’il est dans un dilemme structurel?

Nous n’avons aucune influence en Afrique et dans le monde, et prendre conscience de cette incapacité notoire et infirmité institutionnelle nous permet d’être un peu humbles car cette attitude nous manque un peu, de nous rendre attractifs et surtout d’être sérieux.

Heureusement que nous sommes connu grâce à notre vodoun national. Notre intellectualisme débridé enfoncé dans le mythe des titres, des grades, des galons et des poches n’apportent rien à notre pays. On se gonfle de quoi? Alors l’arrogance de certaines grandes gueules qui manquent de recul dans l’analyse diachronique du Bénin n’est que le reflet de leurs systèmes de brassage d’air ensablé.

Un peuple ne célèbre pas son humiliation
Un peuple ne célèbre pas sa pauvreté
Un peuple ne célèbre pas la corruption électorale
Un peuple ne célèbre pas un parlement d’indignité
Un peuple ne célèbre pas l’incurie politique
Un peuple ne célèbre pas l’insémination systémique de la peur pour sacrifier ses libertés
Un peuple ne célèbre pas l’incapacité à réformer l’école, le système sanitaire
Un peuple ne célèbre pas ceux qui le maintiennent dans la misère
Un peuple ne célèbre pas ceux qui pillent les deniers publics et se protègent entre eux
Un peuple ne célèbre pas les abus d’autorité
Un peuple ne célèbre pas la dépendance du système judiciaire
Un peuple ne célèbre pas un multipartisme de destruction de l’unité nationale et des valeurs républicaines
Un peuple ne célèbre pas l’échec des politiques de l’emploi et l’égarement de la jeunesse
Un peuple ne célèbre pas l’inexistence de l’éducation à la citoyenneté et l’analphabétisme
Un peuple ne célèbre pas la culture du mensonge, de la haine et des vengeances
Un peuple qui passe tout son temps à faire la fête n’avance pas
Un peuple qui passe tout son temps à prier n’a plus le temps de méditer pour se libérer
Un peuple qui ne sait pas qu’il est le seul souverain ne vit pas dans un État indépendant

Écoutons ce cri de colère pour comprendre mieux pourquoi nous célébrons chaque 1er août l’inconscience collective, l’incapacité et l’égoïsme de la classe dirigeante et l’échec des politiques de développement.

Nous aimons trop célébrer la haine, la jalousie, l’orgueil et l’humiliation, et pas assez la générosité, le sacrifice proportionnel, l’humilité et l’honnêteté qui sont les conditions pour bâtir dans la cohésion, la solidarité mais aussi dans l’impunité des nations fortes et fréquentables.

Écoutons vraiment ça!

Dr Ir Simon Narcisse Tomety

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