« après nous, c’est nous » là, n’est que du vent (Claudine Prudencio)

Déclaration lue dimanche 05 0ctobre 2014 au siège de campagne de l’Udbn à Dèkoungbé à Godomey dans la commune d’Abomey-Calavi.

« Militantes et militants, Sympathisantes et sympathisants de l’Union pour le développement du Bénin nouveau (Udbn) ;
Vous savez que notre parti prend une part active à l’animation de la vie politique de notre pays depuis plusieurs années. Nous n’avons cessé, conformément à la charte des partis politiques de jouer le rôle qui est le nôtre. Mais l’animation de la vie politique n’exclut pas l’intervention dans le domaine économique. Bien au contraire, et vous le savez, les deux sont liés.
Me voici donc de nouveau devant vous pour parler d’économie et de politique. Je suis préoccupée par la situation de notre pays, et je ne suis pas la seule. Hier seulement au Palais des Congrès de Cotonou, diverses forces politiques, diverses personnalités se sont réunies pour évoquer cette situation. Et elles ont, tout comme moi, dressé un bilan calamiteux. Les plus courageux d’entre nous n’ont pas hésité à demander pardon au peuple pour l’avoir conduit à commettre la plus grave erreur de notre histoire. Cette erreur, c’est l’arrivée au pouvoir de Thomas Boni Yayi en 2006 et son maintien en 2011. C’est moi, n’est-ce pas, qui parlais de « Papa bonheur » ! Mea culpa. Mea maxima culpa. C’était « papa malheur ». C’était bien papa malheur. Car ce que prépare notre Président, c’est un gouffre financier dans lequel il va plonger le pays avant de le laisser à son successeur. Il sait très bien que son « après nous, c’est nous » là, n’est que du vent. Parmi ceux qui clament ces slogans creux, il y en a, même au sein du gouvernement, qui rêvent secrètement de le voir partir. Seulement qu’ils n’ont pas comme nous le courage de leurs opinions. Nous autres avons été calomniés. Nous avons été injuriés. Nous avons été menacés de mort. Et pourtant, nous sommes là, prêts pour le combat. L’heure viendra où ceux qui se cachent encore se découvriront.
Chers amis journalistes, je ne vous ai néanmoins pas invité ici aujourd’hui pour parler de ce combat. C’est un front oublié que je voudrais raviver. C’est un combat négligé que je voudrais relancer. Ce combat est sur le terrain économique. Et notre pays est en train de le perdre. Notre pays y a déjà perdu plusieurs batailles. Et il se prépare à en perdre d’autres. Par la faute de qui ? Naturellement le Général d’armée qui ignore tout de comment se gagne une guerre>
Ce général d’armée qui prend les décisions les plus irrationnelles et affirme sans vergogne le lendemain qu’il n’était pas « au courant ». Vous savez qu’il n’est jamais au courant de rien.
Dans ce combat, sa cible, ce sont les opérateurs économiques nationaux. Ceux-là qui n’ont d’autre tort que d’être béninois et riches. Ceux-là dont le seul autre tort aura été de décider d’investir dans leur propre pays. Quel mal y a-t-il à cela d’ailleurs ? Seul le Chef de l’Etat connaît la réponse. Tout ce que nous savons, nous, à l’Udbn, c’est qu’il a décidé de nuire à ces investisseurs nationaux, mais qu’il s’y prend vraiment très mal. Si mal, que ce qui risque d’arriver, c’est ce que j’annonçais plus tôt : un trou financier dans lequel il va enfoncer le pays.
Chers amis journalistes ;
Militants et sympathisants de l’Udbn ;
Pour illustrer mes propos, je vais me fonder sur trois cas. Ils concernent les opérateurs économiques Sébastien Ajavon, Patrice Talon et Samuel Dossou-Aworet. Ce ne sont pas les seuls, c’est vrai. Mais ils me paraissent être les plus emblématiques de l’aversion du régime Yayi à l’encontre des opérateurs économiques nationaux.
Il faut que nous ayons de la mémoire. En juin de l’année dernière, juin 2013 donc, un redressement fiscal abusif portant sur 35 milliards de francs Cfa environ a été adressé au groupe Cajaf-Comon de Monsieur Sébastien Ajavon. Après le refus d’un règlement à l’amiable proposé par le groupe, la Cour d’Appel, saisie, a condamné l’Etat à restituer 14 milliards de nos francs à Sébastien Ajavon ou du moins à sa société. A ce jour, un franc n’a été versé. Vous avez dû vous-mêmes, entendre en mai dernier le Président du Conseil National du Patronat raconter que malgré la médiation de l’Archevêque de Cotonou, c’est une banale histoire de non salutation en public, qui a décidé Boni Yayi à renoncer à faire rembourser cet argent. Alors même que Monsieur Ajavon était d’accord pour renoncer aux dommages-intérêts en mettant fin à l’action en justice qu’il avait engagée à l’époque en ce sens. A part ces 14 milliards, Dieu seul sait à combien se chiffrent jour après jour, les dommages-intérêts que finira bien par calculer la Cour.
Affaire PVI et Sodeco, la situation est encore plus grave. Je suis passé au dossier Patrice Talon. Qu’il vous souvienne, que le 13 mai 2014, un tribunal arbitral de la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Ohada a condamné le Bénin à verser plus de 160 milliards de francs Cfa à Monsieur Talon si le Contrat relatif à la mise en place du Programme de vérification des importations (Pvi) de Nouvelle Génération avec la société Bénin control Sa n’était pas remis en exécution. Vous savez avec moi ce qu’il en est. L’ultimatum de 60 jours donné par le Tribunal est passé depuis longtemps, et des centaines de millions de francs Cfa d’astreintes sont en train de s’accumuler sur le montant de la condamnation initiale. Entre temps, Yayi Boni et ses thuriféraires ont clamé que la Ccja/Ohada n’est pas informée de cette décision. Après, ils ont dit que le Bénin n’a pas reçu notification de la décision. Et pour finir, ils ont saisi à leur tour la cour comme si la nouvelle procédure était suspensive de la première décision.
Sans les inévitables astreintes et dommages-intérêts qui vont s’ajouter, le montant total des redevances issues de ces décisions de justices rendues à l’interne et à l’international contre le Bénin s’élève déjà à plus de 174 milliards de francs Cfa. Et à l’Udbn, nous avons l’impression qu’une amnésie collective frappe tout le pays sur le sujet.
Je ne saurais finir sans évoquer le cas « Epine dorsale » qui implique quant à lui Monsieur Samuel Dossou-Aworet. Ce dossier-là, vous savez que j’en parle depuis plusieurs mois. J’en parle parce que c’est un dossier que je connais très bien. Je ne sais pas s’il faut encore que je répète ce que vous savez déjà. Mais il paraît que la répétition est pédagogique. Le dossier Épine Dorsale de Développement Intégré de l’Economie Béninoise est une initiative du Groupe Pétrolin de notre compatriote Samuel Dossou-Aworet, dont il a assuré, sur fonds propres, les premiers financements. Il s’agit entre autres des frais d’études relatifs à toutes les composantes du projet ainsi que les travaux de réalisation du port sec de Parakou. L’appel d’offres international lancé par les Etats du Bénin et du Niger le 04 Août 2008, relatif à la concession de gestion, de réhabilitation et d’extension du chemin de fer de Cotonou jusqu’à Niamey via Dosso a été remporté par le groupe Pétrolin. Ça, vous le savez déjà. Vous savez aussi que des manœuvres obscures en faveur du Groupe Bolloré qui n’avait même pas soumissionné se déroulent depuis un certain temps dans l’optique de lui octroyer le marché. Ce contre quoi, en ma qualité d’élue de la nation, je me suis insurgée. Exactement comme je m’insurge contre l’injustice faite à tous les opérateurs économiques nationaux lésés sous le régime Yayi. Je les invite à me faire parvenir leurs dossiers, et je défendrai partout leurs cas sans répit et sans peur.
Chers amis journalistes, vous avez dû entendre comme moi, le vendredi 03 octobre 2014 dernier, le ministre Marcel Alain de Souza annoncer que le contrat avec Bolloré devrait bientôt être conclu et signé. Je n’ai même pas su s’il fallait en rire ou en pleurer. Si j’avais ri, ç’aurait été parce que cette signature serait nulle et de nul effet. Je ne vois pas comment Monsieur Bolloré et son groupe auraient pu faire valoir un contrat signé dans ces conditions. Il est censé connaître le droit. Et il doit s’y conformer. Si j’avais pleuré, ç’aurait été non par désespoir pour le dossier, mais pour mon pays. L’affaire est pendante devant les tribunaux. Et comme Boni Yayi sait le faire, il est prêt à foncer tête baissée. Il va encore provoquer la condamnation du Bénin à payer des centaines de milliards de francs Cfa. Et c’est dangereux. C’est grave. Quel est donc que ce Président qui ne se soucie pas de l’avenir de ses compatriotes ? Pourquoi cet entêtement ? Pourquoi cet empressement ? Il a déjà accumulé près de 200 milliards de dettes, et ça ne lui dit rien. Il en veut encore plus.
Chers amis journalistes, c’est ce qui motive la conférence de presse de ce jour. Boni Yayi nous mène droit dans un abîme, un gouffre sans fond. Et, parce que je dois mon mandat à ce peuple, je viens le dénoncer avec force. Il ne sera pas dit demain, quand le groupe Pétrolin aura gagné des milliards de dommages-intérêts, qu’il faudrait qu’il y renonce par souci de patriotisme. Dites à Boni Yayi de restituer à chacun son dû maintenant avant qu’il ne soit trop tard. S’il y a encore une concession que Monsieur Samuel Dossou-Aworet serait prêt à faire, c’est d’exécuter le projet en associant pour sa part l’opérateur Bolloré et son groupe. Pas l’inverse. Que cela soit clair. Les menaces, les tentatives d’intimidation ne nous effraient pas. Elles ne nous ébranlent pas.
Militants et sympathisants, chers compatriotes, si nous laissons se poursuivre cette forfaiture, c’est nous qui allons payer. Ce sont nos enfants et les enfants de nos enfants qui vont payer. Ne sacrifions pas notre avenir et celui de notre pays.
Je vous remercie. »

Claudine Prudencio, Présidente de l’UDBN

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*