Dr Yèdomon dénonce le “viol” des peaux noires

Mesdames et messieurs, chers amis bonsoir

J’aimerais commencer par remercier chacun de vous pour avoir fait ce déplacement et encourager tous les organisateurs de ce TEDx. Je suis le Dr Franck YEDOMON , Dermato-vénérologue, exercant en Clientèle privée à Cotonou.

Je viens vous parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le viol des peaux noires. Le Viol est un crime défini par le Code pénal, défini « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». Si ici la question de pénétration sexuelle peut être remplacée habilement par celle de la pénétration cutanée de produits détournés à l’usage médical ou de produits illicites sur la base de publicités mensongères, il s agit bel et bien de violence, à la seule différence que le consentement des victimes est ici bien établi. C’est donc un viol volontaire.

Depuis les années 1960-1970, de nombreuses firmes cosmétiques ont pris d’assaut le vaste marché de l’arnaque à la peau claire : la dépigmentation sur toute l’Afrique Noire subsaharienne. Un business florissant en dépit de la Santé des populations avec des milliards d’euros partagés sur la peau de lhomme et de la femme Noir.
Oui nous sommes des victimes.
Aucun peuple ne peut construire son identité avec la peau des autres et la dépigmentation est un problème de santé publique.
La dépigmentation est l’ensemble des procédés visant à obtenir un éclaircissement de la peau dans un but cosmétique.
Si ce thème nous tient tant à cœur c’est d’abord la souffrance d’un médecin qui voit ses sœurs et frères vivre le désarroi et la désillusion d’une peau noire abimée. Et tenez vous bien, je vais le dire : Il n’y a pas de dépigmentation réussie, car on ne sort jamais d’une dépigmentation sans séquelles. Après Cinquante de dépigmentation nous sommes, alors, en tant que médecins spécialistes de la peau, les témoins privilégiés des horreurs de ce fléau et des premiers cas de cancer de Peau en en Afrique subsaharienne.
Aujourd’hui, pourquoi ce viol est consenti ?
-Est ce les conséquences de l’esclavage et de la colonisation ? !
-Est ce une crise de l’identité de soi face aux clichés occidentaux (Conformisme vis-à-vis des canons de beauté )?!
-Est-ce nous ou vous, je parle la aux hommes qui créent auprès de la gente féminine ce complexe ?
-Est-ce que avoir un peau moins foncée est un critère de beauté.
– Est ce une théorie addictive ?
-Est ce l ’Ignorance ?
Si les raisons sont assez vagues et complexes, les conséquences sont bien visibles et nombreuses
Les produits utilisés sont de plus en plus nombreux : corticoïdes, hydroquinone, sels de mercure, gluthation, etc. vendus aux populations sous le coût d’une argumentation attrayante.
Comment protéger nos enfants et petits enfants si ces produits sont disponibles même en pharmacie ? Et comment comprendre que des mères dépigmentent leurs enfants.
Si notre combat est entendu, il est aujourd’hui essentiellement basé sur l’information crédible, l’assistance aux consommateurs, la lutte contre la stigmatisation des victimes de ce fléau car aussi longtemps que l’esprit est mis en esclavage, le corps ne peut jamais être libre.
La liberté psychologique, un ferme sens d’estime de soi, est l’arme la plus puissante contre la longue nuit du complexe liée à la couleur de notre peau.
Si nous sommes Noirs sous les tropiques c’est bien parce que cette mélanine nous protège des rayons Ultraviolets ; La détruire c’est s’exposer a des maladies et des complications. Nous ne voudrions plus voir nos filles, nos sœurs, nos épouses, nos mères et grands-mères cacher les stigmates de ce fléau et se dérober de la lumière sous le soleil africain mais nous voulons voir le Noir africain debout, fier de sa peau sous le Soleil D’afrique car pour reprendre Martin Luther king : ” Ce qui compte, chez un homme, ce n’est pas la couleur de sa peau ou la texture de sa chevelure, mais la texture et la qualité de son âme. “
Je reste convaincu que si l’esclavage est passé, la ségrégation est passé, la colonisation est passé, l’apartheid est passé et ben un jour ce phénomène aussi passera et nous sommes aujourd’hui en train d’écrire le préface de la fin de ce fléau.

« Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux
flancs des princes du Mali. Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau. Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire. A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux. »

Je finis ici par un extrait des oeuvres poétiques de Senghor pour rendre hommage à la Peau noire et à la Femme noire.

Aujourdhui, c’est votre tour de continuer ce combat, en passant le message à votre voisin.

Merci .

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