La constitution du Bénin révisée en pièces détachées selon les syndicats du secteur santé

DÉCLARATION DE PRESSE DU COLLECTIF DES SYNDICATS DU SECTEUR DE LA SANTE

  • Béninoises et Béninois,
  • Chers compatriotes,
  • Mesdames et Messieurs les journalistes,

Les Syndicats du Secteur de la Santé regroupés au sein d’un Collectif, depuis le 02 août 2017, ont énergiquement manifesté leur mécontentement à travers des déclarations de presse ; il s’en est suivi des sit-in et des mouvements de débrayage pour dénoncer la marginalisation des acteurs de la santé dans la réforme entreprise par le gouvernement de la rupture dans le secteur de la santé, après plusieurs courriers restés sans suite.

Les mouvements de grève déclenchés effectivement le 30 août 2017, ont été suspendus le 16 novembre 2017 suite aux engagements, à grand renfort médiatique, pris par le Gouvernement de la rupture à travers le Président de la République le 11 novembre 2017.

A cette rencontre, dirigée par le Président de la République, des promesses ont été faites aux partenaires sociaux, ce qui a motivé la suspension du mouvement de débrayage.

Béninoises et Béninois,

Sans attendre l’expiration des échéanciers fixés dans ledit protocole signé entre le Gouvernement et le Collectif des Syndicats du Secteur de la Santé, les députés ont pris sur eux la responsabilité de nous arracher notre arme ultime, notre droit constitutionnel: la grève.

Ainsi, le jeudi 28 décembre 2017, les Députés ont, lors du vote de la loi modifiant et complétant le 2015- 18 portant statut général de la fonction publique, retiré le droit de grève aussi bien aux travailleurs du secteur de la santé, au personnel de la justice qu’aux corps armés et assimilés. Une décision qui a relancé les mouvements de grève dans le secteur de la Santé. La cour HOLLO, a décidé en Janvier 2018, que le retrait du droit de grève est contraire à la Constitution.

Le Collectif a encore décidé de la suspension de la grève malgré la non satisfaction des revendications et les défalcations opérées sur le salaire des mois de février et d’avril 2018, aux agents du secteur de la santé.

Béninoises et Béninois,

Les engagements pris par le gouvernement face à nos revendications ne sont pas à ce jour respectés.

  1. Nos amendements en ce qui concerne le rapport sur les réformes du système sanitaire sont faits et déposés officiellement depuis le 13 février 2018, au gouvernement qui a promis nous inviter à une séance pour en débattre. A ce jour rien n’y fit.
  2. Le comité de suivi mis en place pour étudier nos revendications et faires des propositions au Gouvernement, piétine toujours.

Deux ans durant, le gouvernement s’est donné comme objectifs principaux : la récupération des institutions de contre-pouvoir de notre pays et le retrait du droit de grève avec la complicité suicidaire du parlement et de la cour constitutionnelle, avant la mise en application de ses réformes. Mais pourquoi ? Et que cachent ces réformes ?

La paix est menacée au Bénin sous l’ère de la rupture et les acquis de la démocratie banalisées et bafoués par les politiciens “rupturiens” en particulier le Président de la République et  Maître DJOGBENOU.

Contre tout attente, par décision DCC 18-141 rendue le 21 juin 2018, la cour du Professeur DJOGBENOU, ancien Ministre de la justice, ancien avocat du candidat TALON est revenue sur la décision de la cour précédente qui avait déclaré inconstitutionnelle la loi liberticide de retrait de droit de grève et ceci de manière très peu professionnelle et indigne de notre démocratie. La ruse et la rage ont pris le pas sur la dignité, le professionnalisme, l’honneur et la préservation de la paix au Bénin.

Ces agissements du professeur DJOGBENOU et du Gouvernement suscitent en nous des préoccupations :

  1. Comment comprendre que les décisions de la cour étant sans recours, que des individus aient fait recours et qu’une cour de sages, par vengeance sur le peuple en général et les travailleurs en particulier revienne sur la précédente décision ? La démocratie est en danger.
  2. Comment comprendre la précipitation dans laquelle la promulgation a été faite à quelques minutes près après la décision de la cour ?

C’est la rage d’un gouvernement très peu soucieux de la paix et qui est en guerre contre le peuple ?

  1. Pourquoi le Gouvernement ne cherche-t-il pas à éradiquer le mal à la racine en se demandant pourquoi la grève à répétition? Est-ce la grève le problème ou la mauvaise gestion des conflits ? Le dialogue est totalement en panne au Bénin.
  2. Si tant est que le gouvernement ne veut pas de la grève dans le secteur de la Santé, pourquoi ne se préoccupe-t-il pas de la satisfaction des revendications qu’il a jugé lui-même de légitimes et pertinentes ? C’est un mépris des droits des travailleurs.
  3. Pourquoi le gouvernement de la rupture cherche à tout prix à nous arracher le droit de grève avant de mettre à exécution ces reformes pendant que les hôpitaux croupissent sous le poids des dettes et manque de moyens matériels pour soulager les peines des agents de santé et les malades ? C’est le mépris des droits du Peuple béninois.

Béninoises et Béninois,

Ne nous trompons pas, notre constitution de 1990 se révise tous les jours en pièces détachées, depuis son rejet par l’Assemblée Nationale, c’est la ruse.

La décision DCC 18-141 est un affront grave et génocidaire aux acquis de la démocratie. Pourquoi cet acharnement contre le peuple.

Le gouvernement de la rupture a de tout temps appris au peuple qu’on peut violer les décisions de la cour et il vient de réaffirmer par cette maudite décision DCC 18-141 que les décisions de la cour sont susceptibles désormais de recours.

Le collectif des syndicats du secteur de la santé prend l’opinion nationale et internationale à témoin et affirme que cette décision n’engage que la cour DJOGBENOU et le Gouvernement du Président Patrice TALON et que nos revendications demeurent non négociables.

Le Collectif se réserve le droit de revenir à la charge conformément à la loi 2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin si nos revendications trainent à être satisfaites.

Le peuple béninois est appelé à se réveiller de son profond sommeil pour dire non à ce mépris et à la destruction de notre démocratie.

Dans les semaines à venir, nous étudierons avec la base à travers une tournée nationale, les moyens les plus acerbes pour contrecarrer la liquidation des libertés syndicales au Bénin.

Nous demandons à nos militants d’être sereins et de rester éveillés et mobilisés.

Quel que soit le prix à payer, nous exigerons et nous obtiendrons la satisfaction de nos revendications

Nous prenons à témoin l’opinion nationale et internationale de la bonne foi des acteurs du secteur de la santé que nous sommes.

Ensemble et déterminés, nous vaincrons !

Salut camarade !

Camarade salut !

Fait à Cotonou, le 09 juillet 2018

Pour le Collectif des syndicats de la santé

​​​Adolphe HOUSSOU, Le Coordonnateur de l’IRHS

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