Le droit est-il vraiment une science en Afrique?

Une réflexion du Dr Narcisse Tomety

Ce monde de plus en plus injuste et sans état d’âme, avec ses sélectivités incongrues, renforce nos convictions intimes qu’on est de moins en moins en sécurité dans son propre pays et sur son continent, l’Afrique. La sécurité ne se donne pas, elle est un sentiment systémique d’apaisement intérieur qu’on produit en communauté et en communion. C’est cette logique du commun et de la confiance qui fonde la mission noble de la police et de la justice, non pas pour polir la cité par des articles agencés constituant le refuge des sachants, mais les valeurs. Et seuls les valeurs produisent du sens et donnent la trajectoire de la vérité de l’Etre et des faits.

Il appartient à chaque pauvre de se défendre face à chaque “surpuissant” qui a trop de privilèges, remettant en cause le principe d’égalité en droit. Personne ne vit des principes s’ils ne sont pas vécus dans le mode de vie.

Il ne me reste qu’à me comporter comme un ouragan chaque fois qu’on me brimera. Eux, ils ont tous les moyens de manipuler les lois de leurs pays, ensuite les piétiner à leur guise comme le marcheur dans la boue et quand entre eux, ils ont fini le festin des prédateurs, c’est la débandade. Exodus dans un écosystème de la haine. Combien ne sont-ils pas en prison ou en exil dans leur coeur et conscience et dans leur propre pays. Des prisonniers ambulants prolifèrent de plus en plus. Chaque fois que TV5 montrent une cargaison de noyade de jeunes africains dans méditerranée, je cherche à savoir en vain le nombre de politiciens, d’hommes d’affaires riches, de policiers, de magistrats, d’avocats… qui sont du voyage de tous les périls?

Face aux pauvres, chacun vient crier haut et fort qu’il fait confiance en la justice de son pays, une expression diplomatique pour dire “qui va faire confiance en cette justice” des hommes et de protection des intouchables. Et puis, tous perchés là-bas, chacun a son vol apprêté pour s’envoler après avoir volé la vedette à ceux, aussi, dont plus personne ne comprend les décisions, si celles-ci sont justes ou injustes.

Ce dont tous les pauvres sont convaincus, aucun riche ne va en prison facilement car ils savent comment l’épervier est jeté à l’eau par les MEDOKPOKONOU ou les PODOGAN pour rafler les poissons qui ne savent pas fuir la proximité de la nasse ou du filet.

Par moments, je couve une colère volcanique et même sismique, car si une justice s’arrange pour protéger les riches qui font tout le contraire des lois, comment peut-on comprendre que c’est toujours par rapport aux faibles que cette justice des hommes est forte?

C’est maintenant que je comprends pourquoi les peuples opprimés adoptent une attitude de dédain face au système de deux poids et deux mesures quand leurs frustrations atteignent le ras-le-bol. Leçon apprise des zones de conflits, s’il vous plaît.

Les voleurs trouvent toujours les moyens d’avoir un vol pour prendre leur envol lorsque cette justice ne rassure plus. Ils ont pris déjà leur avion et si les tribunaux doivent fonctionner seulement pour juger ceux que la justice peut facilement écraser, alors là l’Afrique est en danger.

La justice africaine ne doit pousser personne à l’exil et pour ce faire, et police et justice doivent encore se dépolitiser pour arrêter d’être perçues comme des instruments de promotion d’un traitement de faveur au service de quelques forts. Aujourd’hui, les deux instruments qui ternissent l’image des États et des Peuples dans le monde c’est la police et la justice. Elles dégradent l’image du continent et présentent les États qui le constituent comme des États voyous.

De nombreux candidats aux élections présidentielles aiment bien cette expression flatteuse pour nos tympans, hélas pour le temps d’une campagne de séduction de nos bulletins de vote. C’est le seul moment où les politiciens et les indépendants sont humbles et reconnaissent que seul le peuple est souverain. Une fois élus, aidés de la police et de la justice, ils développent ce qu’ils appellent la violence légitime d’État pour nous infantiliser par des tortures psychologiques et physiques et pour le renoncement à tous nos principes de vie. Pour autant, devrait-on cautionner l’exodus, je ne le pense pas., C’est une attitude de lâcheté et d’irresponsabilité car C’est trop facile de fuir le combat pour revenir cueillir le fruit des intrépides combattants pour ensuite les gouverner dans la continuité des mêmes abus de pouvoir et d’autorité. L’Afrique des usurpateurs de pouvoir, nous n’en voulons plus. L’Afrique qui fait peur aux Africains en les poussant à l’exil, nous ne voulons plus de cette Afrique des erreurs, des errements, des horreurs, de la haine, de la jalousie et de l’enlisement.

Nous commençons par avoir de sérieux doutes sur la capacité indépendante de la police et de la justice, à protéger et à défendre riches et pauvres de la même façon. Nous commençons par voir d’un mauvais oeil cette stratégie de manipulation que subissent les polices et les justices africaines.

Comment dans des pays qui se disent États de droit et de démocratie, des magistrats, des avocats, des ministres, des maires, des députés et des hommes d’affaires, des médecins, des chercheurs… parviennent à fuir leurs propres pays pour préférer le statut de réfugiés? Répondez s’il vous plaît et libre à vous de me juger. Chacun doit maintenant se mirer dans la glace car la défense de la patrie et la solidarité nationale sont les deux exigences que nous avons tous en commun , qu’on soit civil, paramilitaire ou militaire.

C’est parmi ce monde d’aspirants à l’exodus, que nous entendons souvent dire “je fais confiance en la justice de mon pays”. Je ne fuirai jamais le combat intérieur, je n’irai nulle part et c’est à visage découvert avec mes mains nues que je combattrai toujours l’injustice et l’arbitraire. Je ne suis sur terre que pour ce combat existentiel au prix duquel je me sentirai libre, captivé, capitulé ou capturé. Mon choix est vite fait.

La jeunesse doit grandement ouvrir les yeux pour voir et vivre ce qui se passe sur le continent; l’Afrique est véritablement un continent-poudrière qui joue avec le feu et où tout doit être repensé au niveau de l’organisation et du fonctionnement de ses systèmes sécuritaires et judiciaires.

Nous voulons le retour à la philosophie 3D enseignée dans les écoles de guerre mais méconnue par nombre de gens : Dialoguer- Désamorcer- Défendre. C’est la philosophie de coproduction de la sagesse africaine que Joseph Ki-Zerbo a baptisé Dialogue Permanent Africain dans son livre À quand l’Afrique? Oui je me pose aussi cette question! A quand cette Afrique d’une gouvernance de la sagesse et de la dématérialisation du culte du pouvoir accumulateur de biens physiques? Où est cette Armée-Nation dont on parle? Où est cette police de proximité que je n’arrive pas à rebaptiser Police Amie de la Communauté (PAC)? Où est cette justice qui me livre au lieu de me délivrer des rapports de force? Où est ce système politique qui préfère polluer au lieu de polir la cité et ma vie? Où est cette administration garante de l’intérêt général et pourtant partout, fleurissent le régionalisme et la corruption organique?

Nous sommes tous en insécurité, moins par le sorcier du village et plus par l’instrumentalisation des appareils sécuritaires et judiciaires africains.

La sécurité et la justice comme les deux faces d’une même pièce ne sont pas encore assez républicaines et elles méritent de profondes réformes sur les plans de la compétence technique, de la morale et de l’éthique. Il faut la Nouvelle Sécurité Africaine (NSA) et la Nouvelle Justice Africaine (NJA) pour libérer l’Afrique de ses propres haines structurelles, spectaculaires et systémiques qui retardent le développement du continent. Nous ne serons Jamais forts face aux autres clntinents tant nous resterons cette Afrique misérabiliste et des esprits de bas étage.

Connaissez-vous un Africain vivant en Afrique qui n’a pas une méfiance viscérale envers la police et la justice? Je n’en connais pas?

Leurs pouvoirs protecteurs de l’intérêt général, du bien commun et des pauvres sont désincarnés. Ce sont ces attitudes qui font que les Africains aiment se rendre justice et d’autres basculent dans l’extrémisme.

L’Afrique n’a pas encore ni la police ni la justice qu’il lui faut pour le Vivre Ensemble et l’ l’épanouissement de l’Africain.

Ce texte est une synthèse des révoltes intérieures que couvent de nombreux Africains qui ne sont pas heureux dans leurs propres pays, non pas qu’ils fuient la souffrance de la pauvreté mais parce qu’ils ne supportent plus la misère que leur font subir la police et la justice instrumentalisées.

Du fait de cette réalité caractérisée par la multiplication des lignes rouges à la place des lignes vertes, les citoyens ne comprennent plus les deux systèmes de protection.

Alors, comment peut-on nous présenter le droit comme une science et en même temps, de nombreux spécialistes du droit se désolent des décisions de justice. Selon qu’on est ou non un juriste inféodé à un pouvoir exécutif, l’interprétation du droit devient une option opportuniste. C’est gênant et éminemment contreproductif cette façon d’incarner la science. Seule la science rend sensible l’homme et la société et contrôle leurs pulsions. Mais que devient une science sans conscience?

Je commence par douter de cette science qui souffre d’un déficit de stabilité. Même si toute science est dynamique et évolutive, pour autant, il lui faut un minimum de constance pour qu’elle soit comprise par les citoyens. La justice n’est pas rendue au nom des juristes, des gouvernants et des politiciens, mais au nom du peuple souverain. Prouvez aux peuples africains que la police et la justice sont au DROIT et que nous pouvons encore lui faire confiance. Nous ne demandons pas mieux.

Je suis en colère parce que la police et la justice ne sont pas au service de ma part de souveraineté. C’est ma plus grande peine depuis un moment et c’est aussi l’une de mes plus grandes déceptions.

Dr. Ir. Simon-Narcisse Tomety
Institutionnaliste Staseologue

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