Le renseignement humain en Afrique : entre mythe, mystère et mystification

Une publication du Dr Ir Simon Narcisse Tomety

Le renseignement humain est très peu développé en Afrique francophone du fait que les Chefs d’État se passionnent beaucoup plus pour l’orientation politicienne du renseignement pour traquer de vrais et de faux opposants ou tout leader d’opinions dérangeant. Les régimes autoritaires qui n’utilisent la démocratie que pour envelopper les élans dictatoriaux, sont portés à surmilitariser le renseignement humain pour intimider, faire taire ou pour détruire la réputation ou la vie.

Notre ignorance est que les services de renseignement ne sont pas intégrés à la chaîne de préparation, d’exécution et de contrôle d’impact des décisions publiques. En somme, la capacité de surveillance systémique  des pays africains francophones est perfectible.

Ce qui ruine le pouvoir, l’autorité et l’efficacité des Chefs d’État africains, c’est qu’ils ont trop de flatteurs, de demi-lettrés, d’intellectuels escrocs et de services de renseignement qui ne savent que mentir et faire du commérage. Et à force d’être dans ce jeu anti-valeurs et anti-développement, on neutralise les capacités d’anticipation des États. D’où nos faibles capacités à prévenir les risques majeurs et nos vulnérabilités objectives. Personne n’évalue les services de renseignement et on ne se préoccupe que peu des enquêtes de moralité des personnels de ces services. Et pourquoi?

La spécialisation par secteur, domaine et par territoire des services de renseignement est très faible en Afrique et la plupart des autorités territoriales (gouverneurs, préfets et maires) sont rarement formés aux méthodes de renseignements généraux. J’ai été surpris de constater que les autorités territoriales ne se cultivent pas en renseignements, ils font du jonglage et tout le monde s’en contente. Le seul préfet d’un pays francophone qui a écrit une capitalisation avec un chapitre sur le renseignement est un Ivoirien. Venant au Bénin, aucun préfet n’est auteur d’un ouvrage de capitalisation sur la fonction préfectorale. Ils sont trop pris, n’ont pas ce temps, personne ne le leur demande. Vive la gestion  quotidienne ou factuelle et nos successions de ruptures.

Le renseignement reste encore un mythe, le champ d’actions des forces de défense et de sécurité alors que le renseignement humain et le renseignement territorial doivent être enseignés même au cours primaire du fait de la vitesse de propagation de la violence dans le monde. Passez le temps sur vos forces politiques d’opposition alors que les vrais ennemis des pouvoirs et des peuples sont ailleurs.

Le renseignement doit cesser  d’être un système opaque de développement de la peur et des méchancetés d’État pour devenir une pédagogie de la coproduction de la nouvelle sécurité et des nouveaux chemins de la paix.

Chefs d’États francophones, vos services de renseignement vous mentent trop, vous manipulent aussi. Parfois, ils font du bon boulot mais c’est vous qui avez peur de vos propres services  de renseignement et vous ne valorisez pas leurs fiches.

Les renseignements sont des menaces pour la démocratie car de nombreux Chefs d’État aiment collaborer avec des cadres à moralité décadente et d’autres ne sont que des bénis oui oui qui livrent de fausses informations sans la moindre triangulation. Qui sera le premier à plaire au chef? Le renseignement n’est pas un jeu amusant ou des flatteries du griot en quête de billets de banque, c’est de la sûreté d’Etat, de la sécurité de la nation et de l’attractivité d’un pays qu’il s’agit.

Faites du renseignement humain, un vrai socle de la qualité de la gouvernance publique en Afrique et pour l’approfondissement de la démocratie et de la maîtrise du territoire.

Dr Ir Simon Narcisse Tomety

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