Mathieu Kérékou – Une prise de parole extraordinaire.

Mathieu Kérékou, né le 2 septembre 1933 à Kouarfa non loin de Natitingou et mort le 14 octobre 2015 à Cotonou, est un homme d’État béninois. Il a été le président de la République du Dahomey, puis de la République populaire du Bénin du 26 octobre 1972 au 1er mars 1990 puis celui du Bénin du 4 avril 1996 au 5 avril 2006.

Une prise de parole extraordinaire

Le président lors d’une assise se prononce sur le révision de la constitution.

« Quand je suis venu, c’est pour tester notre constitution. Ce n’est pas le pouvoir qui m’intéresse. Moi, je n’ai pas besoin de pouvoir. Le pouvoir au Bénin ne rapporte rien. Si vous êtes honnêtes,  vous ne pouvez pas vous enrichir au Bénin ; étant Président de la République, étant ministres, si vous êtes vraiment honnêtes. Parce que les salaires sont connus… A l’heure ou nous parlons, je sais ce qu’elle vaut. Mais, j’ai voulu que nous allions jusqu’au bout. Pas la réviser en mon temps, je n’en veux pas… La constitution dit, vous êtes candidats pour cinq ans, merci. Renouvelable une fois, merci beaucoup. Mais vous vous êtes lancés dans l’aventure. Si Dieu vous a permis de franchir la première étape cinq ans. La deuxième étape, vous êtes au bout du rouleau et vous vous entêtez en disant je veux réviser la constitution, alors vous ne respectez plus la volonté de Dieu. Si par hasard on le faisait, et si les populations ne voulaient pas, comment vous allez faire ?… Vous allez venir faire dix ans à la Présidence de la République, connaissant ce que la constitution dit et vous allez vous entêter en disant je veux faire la révision de la constitution.

Mais, la constitution du 11 décembre 1990 a été taillée à ma mesure. Je le sais, sinon je ne reviendrai pas après les cinq ans de repos… Mais, je me suis dit. Etant donné que cette constitution là a été taillée en tenant compte des réalités parce que « ils disaient que les propositions qu’on va lui faire, il ne va les accepter parce qu’il est têtu ». Comme s’ils me connaissaient…rire. Parce que d’abord la plupart était des apatrides. Ils ont fui, ils ne savent pas ce qu’on a fait pendant la période révolutionnaire.

Et ils disent « il a l’armée dans la main ». L’armée, c’est pour l’Etat, ce n’est pour un individu fut-il président avec un titre pompeux « Chef suprême des armées ». Moi, je m’en fou. Je suis de la filière militaire, personne n’a jamais commandé l’armée. L’armée appartient au peuple béninois, c’est votre armée, ce n’est mon armée à moi. Même ceux qui se disent « nous sommes de la sécurité », je dis, c’est moi qui assure votre sécurité. Ce n’est pas vous qui assurez ma sécurité… Rire.

Alors je dis puisque c’est ma constitution et on ne l’a pas dit au peuple ; moi je veux être candidat. Les autres disent « c’est nous qui l’avions mis là ». Je dis, si c’est vous qui m’aviez mis là, venez m’enlever… Je ne les ai pas vus, tout le monde grince les dents maintenant. Ils ne sont plus avec moi. Ils disent qu’ils sont de la mouvance. Ils sont quelque part mais, en réalité ils sont de la mouvance pour survivre et non pour faire la démocratie, pour construire leur pays. Ils sont là pour se protéger… rire.

Et je suis venu, Dieu a fait que ça soit ainsi. Parce que je ne suis pas venu avec la force. Je n’ai pas de force moi. Et, s’il y en avait la force, c’est pour qui ? Si Dieu vous a donné la force, ce n’est pas pour expérimenter vous force sur vos compatriotes. On dit il faut quatre cinquième (4/5) de députés pour voter la loi. Comme je sais d’avance, pourquoi me ridiculiser ? Ceux qui se disent de la mouvance, … je fais le calcul mais, chacun d’eux a un parti politique. Même ils sont au gouvernement et sabotent le programme du gouvernement. Ils bloquent le programme du gouvernement. Ce n’est pas à l’assemblée nationale qu’ils vont soutenir la révision de la constitution. Je sais que c’est faux ! Si je le fais c’est que je suis un mouton comme eux. Moi, je ne suis pas un mouton ! ».

La vie militaire

Après avoir étudié dans des écoles militaires au Mali et au Sénégal, Mathieu Kérékou servit d’abord dans l’armée française puis dans l’armée du Dahomey où il obtint le grade de major. Il prit le pouvoir lors d’un coup d’État le 26 octobre 1972. Il fit mettre en prison les trois précédents présidents. En 1975, il renomma alors le pays République populaire du Bénin et mit en place un gouvernement marxiste-léniniste surveillé par le Conseil national de la révolution (CNR). Il mena une politique de répression contre tous les opposants au régime et surtout contre les intellectuels dont beaucoup durent se réfugier à l’étranger. Il entreprit une vague de nationalisations de banques et de l’industrie pétrolière.

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L’homme politique

Mathieu Kérékou est une première fois le chef de l’État béninois du 26 octobre 1972 au 4 avril 1991. Le 26 octobre 1972, il prend le pouvoir à la faveur d’un coup d’État, lorsque l’armée dissout le Conseil présidentiel ainsi que l’Assemblée nationale. En 1974, il adopte le marxisme-léninisme comme idéologie officielle de gouvernement, et crée le Parti de la révolution populaire du Bénin, destiné à gouverner en tant que parti unique. Un an plus tard, le pays abandonne le nom officiel de République du Dahomey pour adopter celui de République populaire du Bénin. Dans les années 1980, la situation économique du Bénin devient critique, et le pays doit négocier des accords contraignants, notamment avec le FMI. Dans le contexte de la mutation démocratique de l’Europe de l’Est, Mathieu Kérékou comprend peu à peu que le temps est venu de procéder à une évolution politique de son pays. Fin 1989, il accepte de convoquer une « Conférence Nationale » destinée à établir de nouvelles institutions. Il doit pour cela se libérer des contraintes que font peser sur lui les cadres de son parti, ce qu’il réussit avec une remarquable adresse. Kérékou est ainsi le premier président du continent à ouvrir la voie au multipartisme sous la pression des événements, qu’il a l’art non seulement de prendre en compte mais aussi d’utiliser à son profit et à celui de son pays et ce, après avoir dirigé le pays pendant 18 ans de manière autoritaire. En janvier 1990, la Conférence Nationale décide de changements drastiques (période de transition d’un an puis élections libres, nomination d’un Premier Ministre etc.). Mathieu Kérékou, le jour de la clôture de la Conférence en accepte toutes les conclusions. Il laisse un pays en mauvais état économique, mais vient de démontrer qu’il avait su engager avec habileté un processus démocratique, le premier en Afrique. Nombreux ont été les Béninois à encourager et imaginer les conditions politiques de cette évolution qui eût pu, si elle avait été mal préparée, conduire au chaos. À cet égard, il faut souligner le rôle exceptionnel de l’Archevêque de Cotonou Monseigneur de Souza. Et quelques mois plus tard, lors de son discours de La Baule, François Mitterrand prendra l’exemple du Bénin pour encourager le continent africain à entamer les mutations politiques souhaitables.

Il est battu lors de l’élection présidentielle de 1991 par Nicéphore Soglo. Durant sa traversée du désert politique, il renonce à l’athéisme et devient pasteur évangélique. Puis, il revient au pouvoir suite à des élections démocratiques le 4 avril 1996; il est réélu en mars 2001. Il n’a pas pu se représenter à la fin de son mandat en 2006.

Durant ses deux mandats de 1996 à 2006, le président Kérékou a respecté de manière stricte la séparation des pouvoirs. Ainsi, la liberté de presse sous le général Kérékou a permis au Bénin de se hisser au deuxième rang au niveau africain, et parmi les meilleurs sur le plan mondial.

Contrairement à d’autres chefs d’État africains, sous la pression des médias, des intellectuels et de l’opinion publique, Kérékou n’a pas pu modifier la Constitution qui limite l’âge auquel il est possible d’accéder à la présidence ainsi que de briguer plus de deux mandats. Nicéphore Soglo subit la même contrainte d’âge.

Peu avant le scrutin et après les résultats du premier tour, Kérékou a laissé planer un doute sur sa régularité, non confirmé par les observateurs internationaux, ce qui pourrait laisser suggérer quelques réticences de Kérékou à abandonner le pouvoir. Néanmoins, les élections de mars 2006 se déroulent normalement, et l’élection de Yayi Boni met fin à trente années de pouvoir de Mathieu Kérékou.

2 Commentaires le Mathieu Kérékou – Une prise de parole extraordinaire.

  1. Super écrit. Une relecture avant la publication ferait du bien.

  2. Un homme d’État inoubliable.

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