Présidentielle de 2016 – L’hypothèse du KO écarté

Au lendemain  de l’officialisation à la CENA, le 12 janvier 2016 de l’alliance républicaine « Fcbe-Prd-Rb » portée par le candidat Lionel Zinsou pour le compte de la présidentielle de 2016, il se développe une opinion tendant à faire croire que les dés sont pipés à l’avance et que le premier ministre candidat sera le vainqueur au premier tour de cette élection. Une certaine opinion favorable à l’avènement du Franco-Béninois à la magistrature suprême de notre pays prédit que, comme en 2011, le K.O est irréversible. Ainsi, pensent plusieurs leaders politiques de la mouvance, la présence de l’armada Fcbe doublée de la machine à broyer du président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji, président du Parti du renouveau démocratique (PRD) ainsi que le parti de la Renaissance du Bénin (RB) présidé par le maire de Cotonou, Léhady Vinagnon Soglo, a définitivement scellé le sort de la présidentielle ;et la victoire sans appel sera inévitable. Mais cette seule coalition  de partis suffit-elle pour que le candidat Lionel Zinsou gagne les élections dès le premier tour  ? En l’absence du nom du président sortant, Dr Boni Yayi sur le bulletin unique de 2016, un nouveau K.O est-il possible cinq (05) ans après celui réalisé en mars 2011 par l’alliance Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE)?  C’est la question qui taraude les esprits et fait d’ailleurs l’objet de la principale polémique de la présidentielle et qui se manifeste par une guerre psychologique animée dans l’opinion en cette période de précampagne.  Et pourtant les choses ne sont pas si simples.

Le K.O, légalement autorisé

La constitution béninoise l’a prévu. Le K.O existe bel et bien et est prévu par les textes régissant les élections au Bénin et même dans le monde. Gagne par K.O, le candidat qui, dans une élection à deux tours, réunit à lui seul plus de 50% des suffrages exprimés. Le Bénin l’a connu, il y a moins de cinq ans avec la victoire de Boni Yayi en 2011. Et c’est l’attrait d’une victoire au 1er tour qui a obligé, selon des sources introduites, le régime sortant à s’enfoncer dans le casting qui l’a obligé à s’imposer un candidat de l’extérieur et à forcer un mariage avec ses opposants d’hier, le Prd et la Rb. Et comme programmé dans l’agenda politique du régime sortant, l’officialisation de l’alliance Fcbe-Prd-Rb a renversé non seulement l’opinion publique, mais surtout les adversaires du dauphin du président sortant. D’ailleurs depuis cette date, il ne se passe de réunions politiques, de meeting, de concertation en groupe, en assemblée ou même de conversation sans l’évocation de la victoire par K.O de Lionel Zinsou au premier tour de la présidentielle. Cela est même devenu le slogan numéro 1 des forces alliées autour du premier ministre. Selon des contacts introduits dans le dispositif de ce candidat et de son mentor, on ébruite qu’il n’y a pas de doute que la mayonnaise a pris et que c’est gagné. Dans les tournées politiques du candidat ou de ses soutiens, l’hymne du K.O est entonnée à l’entame de toutes les activités. L’ancien ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et des Cultes, Honorable Bénoît Dégla,  est formel : « Le K.O est assuré. Ils seront surpris. On a la plus grande coalition possible », confie-t-il en justifiant que la victoire de l’alliance FCBE à l’élection présidentielle du 28 février prochain, et ce dès, le premier tour, est plus que certaine car Lionel Zinsou n’aura pas besoin d’aller au second tour avant de gagner l’élection présidentielle comme l’avait fait, cinq ans auparavant, le chef de l’Etat, Boni Yayi, alors candidat à sa propre succession. Ce leader politique de la mouvance pense qu’avec la Renaissance du Bénin (RB) qui a 7 députés, le parti du Renouveau démocratique (PRD) avec ses 10 députés aux côtés des 33 députés des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE), soit un total de 50 parlementaires sur les 83 que compte le Bénin, ils ont déjà gagné les élections. Comme ce leader de la mouvance, ils sont d’ailleurs nombreux, les supporter de la majorité présidentielle, y compris des leaders du Prd comme le maire Michel Bahou à penser qu’« avec la présence du Prd, le K.O est acquis » et à emboucher la trompette en scandant devant les foules, les écrans de télévision qu’il n’y aura pas un deuxième tour. Stratégie de campagne, mythe ou réalité ?

Détail d’une équation à géométrie variable

A y voir de près, l’alliance Fcbe-Prd-Rb crédite d’emblée Lionel Zinsou d’une large opinion favorable et laisse présager que la coalition engagée pour la continuité n’a plus besoin de se gêner outre mesure pour conquérir le palais de la Marina. A tort ou à raison, il est donc considéré comme le grand favori de la prochaine présidentielle. La machine électorale composée par les Fcbe, première force politique, le Prd, 2ème force politique et la Rb, force politique non négligeable dans le Zou et le Littoral, laisse croire à une écrasante victoire du candidat dauphin du président sortant.  Mais une simple addition des poids politiques des partis suffit-elle pour nourrir l’espoir d’une suite favorable à Lionel Zinsou ?

Rien n’est moins sûr. Mais au-devant de certains facteurs déterminants, dans certains milieux très proches du régime sortant, on mise moins sur une victoire dès le premier tour. Les raisons d’une telle position sont évidentes. D’abord, le nombre pléthorique de candidats à l’élection présidentielle du 28 février, ensuite les fissures au sein de la majorité présidentielle et des forces en présence et enfin la real politik.

Le nombre de candidat, facteur déterminant d’émiettement

Ils sont 35 à être provisoirement autorisés à poursuivre l’accomplissement des formalités de candidatures. Le nombre pléthorique des présidentiables constitue la révélation de la présidentielle de 2016. Jamais le pouvoir n’a suscité autant d’envie. Comme si le Bénin était devenu une classe élémentaire à diriger, tout le monde est déterminé à se présenter pour briguer la magistrature suprême de notre pays, dévaluant du coup la fonction présidentielle qui semble banalisée. Cette situation obscurcit le paysage politique béninois au point de bousculer les données. De sorte qu’il apparait difficile d’envisager qu’un seul candidat ratisse aussi large sur toute l’étendue du territoire national pour s’adjuger le fauteuil présidentiel dès le premier tour. Or, avant de se voir consacrer vainqueur au premier tour de l’élection présidentielle du 11 mars 2011, avec

1.579.550 voix, soit 53,14% des suffrages exprimés équivalant à 2.972.445, contre 1.O59.396 voix, soit 35,64% , pour le candidat Adrien HOUNGBEDJI, arrivé en deuxième position, le président sortant, Dr Boni Yayi s’est assuré un quadrillage conséquent de l’ensemble du territoire national avec une présence remarquée d’élus partout. Mais pour cette élection de 2016, le positionnement géographique des candidats sur le territoire national change carrément la configuration politique au point où certains observateurs avertis de la vie politique nationale prédisent qu’avec la  tendance actuelle, il n’est pas  évident, sinon impossible d’envisager une victoire par K.O au premier tour car les forces en présence d’en face ne sont pas à négliger. Catégoriques sur cette assertion, ils pensent qu’il ne peut avoir K.O, à moins qu’il y ait des tripatouillages.

Les fissures au sein de la majorité présidentielle et les forces en présence, un handicap au plébiscite

La pléthore de candidatures ainsi que leur positionnement géographique hypothèque le rêve d’une victoire au premier tour pour le camp présidentiel. En fait, ce positionnement géographique fait qu’en raison, par exemple, dans la Donga, du poids politique d’Abdoulaye Bio Tchané, fief du leader des tabati-taba, il sera difficile au candidat ‘’importé’’, Lionel Zinsou, d’y faire des percées. Le phénomène du fils du terroir étant prédominant dans cette région qui attend depuis longtemps son tour dans la gestion du pays. Après avoir supporté tout le temps leur frère Mathieu Kérékou de l’Atacora et Boni Yayi du Borgou, les populations de la Donga se disent, majoritairement, que c’est leur tour et sont gonflées à bloc derrière leur leader Abdoulaye Bio Tchané qui y déchaine les passions. Cette situation fait d’ailleurs que même dans les rangs de la mouvance, on note que les espoirs d’un vote massif au profit du candidat de la coalition Fcbe-Prd-Rb y sont minces. Logiquement, Abt devrait arriver en tête des suffrages. Dans l’Atacora, la présence permanente d’un des leaders de cette région, l’ancien ministre, Honorable député, Barthélémy Kassa, laisse présager que la bataille de l’Atacora donnera pour favori le premier ministre qui pourrait y prendre une légère avance sur ses adervsaires. Mais les choses ne sont pas aisées dans cette région où l’hostilité à une candidature ‘’importée’’ est féroce et où plusieurs communes (Kouandé, Péhunco, Kérou etc) ne sont plus dans la dynamique de la continuité avec la pérennisation du régime Yayi. D’ailleurs, l’émergence de forces politiques opposées au régime sortant et à la candidature du dauphin de Boni Yayi est un signe visible de la réticence qui peut équilibrer les jeux dans les urnes et empêcher le candidat de la mouvance de rafler massivement les voix, mais de prendre seulement une légère avance sur ses challengers. Dans le département de l’Alibori, les candidatures des personnalités comme Nassirou Bako-Arifari, Issa Salifou, Azizou Issa ainsi que la forte implantation de l’alliance Soleil de Sacca Lafia ne sont pas bon signe pour le dauphin de Boni Yayi qui, même s’il pourrait engranger des suffrages, n’est pas sûr d’être un bon 2ème. La candidature du Général Robert Gbian est aussi un handicap majeur. Non loin de là, le département du Borgou, avec à sa tête la citadelle Parakou où la compétition est rude, apparait comme un terrain glissant pour le porte-étendard de la majorité présidentielle. Même s’il peut être dans l’espoir d’une suite favorable, du fait des assauts répétés du président sortant et de ses poulains qui y ont élu domicile, il est fort à parier que Lionel Zinsou ne puisse pas gagner la bataille du Borgou. La perte des bulldozers politiques comme Rachidi Gbadamassi, Sacca Lafia, Robert Gbian, Chabi Sika Karimou et même Youssao Saliou rend incertaine l’issue du combat dans cette région. En clair, dans le nord en général, c’est sur le seul département de l’Atacora que le candidat Zinsou peut, en raison des forces en présence, espérer prendre une avance sur ceux qui convoitent le même fauteuil que lui.

Dans le département des Collines, le candidat porté par la grande coalition des partis politiques, Lionel Zinsou n’a pas de soucis à se faire. Il prendra une nette avance sur ses challengers. Car avec la présence des personnalités comme Komi Koutché, Benoît Dègla, Oba Chabi Dénis, André Okounlola, Edmond Agoua, Lionel Zinsou battra par K.O tous les autres présidentiables. Cette région étant un électorat acquis à la faveur du premier ministre candidat.

En comptant dans le département du Zou sur le travail de terrain des leaders politiques, membres de la coalition qui le porte, notamment, sur les personnalités comme Désiré Vodonon, Gustave Sonon, les maires de Bohicon et d’Abomey, ainsi que d’autres personnalités, le candidat de la continuité peut espérer prendre une légère avance sur ses challengers Sébastien Ajavon, soutenu par Zéphirin Kindjanhoundé, les députés Malèhossou, Janvier Yahouédéou, Parfait Houangni, Nazaire Sado, etc, ainsi que le candidat de la rupture, Patrice Talon, qui risquent de le coincer. La présence  de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Mathurin Coffi Nago et son Upd-Gamesu avec à ses côtés Cyriaque Domingo, le soutien du PSD d’Emmanuel Golou ainsi  que le ralliement massif des députés Dakpè Sossou, Agbélessessi et plusieurs responsables politiques aux côtés de l’homme d’affaires, Patrice Talon, fait des départements du Mono-Couffo une citadelle imprenable par  Lionel Zinsou qui risque de venir en quatrième position après Fernand Amoussou. Dans le département du Plateau où l’empereur d’Adja-Ouèrè ainsi que tout le Madep viennent de rejoindre la vague bleu de Sébastien Germain Ajavon, le premier ministre pourra seulement se frayer le chemin de probable deuxième parmi les vainqueurs. En effet, avec le soutien des ministres François Abiola, Jean-Michel Abimbola, le soutien du PRD et des personnalités de la région, le candidat de  l’alliance Fcbe-Prd-Rb peut faire un score appréciable derrière le Madep de Fagbohoun. L’Ouémé, avec la puissance des tchoco-tchoco  fait du candidat de la coalition au pouvoir, le favori dans les urnes. Ainsi, comme Me Adrien Houngbédji, le leader de ce département, Lionel Zinsou peut se réjouir d’être en terre conquise. Il aura l’occasion en effet de battre de loin et sans débat tous ses challengers par K.O. Dans les départements de l’Atlantique et du Littoral, la tendance à un échec des forces soutenant la candidature du Franco-Béninois est perceptible. La percée fulgurante de Sébastien Ajavon ainsi que l’ascension de Patrice Talon avec la présence des honorables Candide Azannaï fait que ces départements constituent des terrains peu favorables à celui que la rumeur donne vainqueur au premier tour de la présidentielle.

Le K.O, un mythe irréalisable en 2016

Il est aisé de le constater, comme Boni Yayi qui a pu quadriller tout le territoire national par une nette avance sur ses challengers en 2011, notamment dans les départements comme la Donga, l’Atacora, le Borgou, l’Alibori, les Collines, le Zou, le Plateau, le Mono, le Couffo, l’Atlantique où il a terrassé par K.O dans les urnes ses challengers et engrangé des suffrages appréciables dans certains départements comme l’Ouémé et le Littoral, le dauphin de Boni Yayi ne quadrille pas une bonne partie des départements et n’a pas la carapace de la victoire au premier tour. Comme l’a prédit  le député Rachidi Gbadamassi, « un autre K.O du camp présidentiel est impossible ».  Si le K.O de 2011 a été possible, c’est en effet l’assemblage d’un certain nombre de facteurs qui a permis à Boni Yayi de s’adjuger la majorité des suffrages au premier tour.  Car comme le souligne si bien Rachidi Gbadamassi,  le K.O de 2011 n’a pas été possible sans le poids politique et le travail de terrain des personnalités de pointe comme les députés Chabi Sika, Nassirou Bako-Arifari, Mathurin Nago, Marcel de Souza, Hélène Aholou Kèkè,  Candide Azannaï, Nicaise Fagnon, Grégoire Laourou, Cyriaque Domingo, Issifou Kogui N’douro, Jean Marie Ehouzou etc. L’absence de toutes ces figures emblématiques de la victoire de 2011 dans les rangs de Lionel Zinsou rend quasi impossible l’éventualité d’une victoire par K.O au premier tour de la présidentielle du 28 février prochain. La quantité de déçus, tous candidats à la présidentielle est un facteur déterminant contre l’émergence de la candidature portée par le régime sortant. C’est pourquoi, l’ex maire de la commune d’Abomey-Calavi, Patrice Comlan Hounsou Guèdè se plait à affirmer que : « La décennie de gestion du président Boni Yayi et son équipe est suffisante. Les Béninois veulent une nouvelle équipe dirigeante à la tête de leur pays ».

1 Commentaire le Présidentielle de 2016 – L’hypothèse du KO écarté

  1. Désiré HOUNGNIGBE // 07/02/2016 á 10:39 // Répondre

    très bonne analyse… maximum de respect tonton…. que Dieu vous inspire davantage dans l’exercice de votre fonction…. je vous aime bien

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