Une femme expose son corps au Musée d’Orsay.

Deborah de Robertis pose devant “l’Origine du Monde” de Gustave Courbet, au Musée d’Orsay, le 29 mai 2014. (Capture d’écran) Toutes les réponses données au médias ne parleront jamais mieux de ma démarche qu’une exposition. Les vraies réponses ne se trouvent pas dans ma bouche mais dans l’image et dans la création. Mon geste au musée d’Orsay s’inscrit dans la continuité d’une démarche que je mène depuis au moins dix ans et plus précisément, elle s’inscrit dans une série de photos que j’ai débutée il y a un an. Cette série s’appelle “Mémoire de l’Origine”. Sur toutes ou presque, je porte la même robe dorée qui renvoie au cadre du tableau de “l’Origine du monde” de Gustave Courbet. Mon travail photographique et vidéo n’est pas sur internet. En ce qui concerne la vidéo qui circule, je veux en faire une édition limitée et la montrer lors d’une exposition de mon travail. Cette pose sous l’origine du monde est le prisme par lequel l’ensemble de mon travail doit être vu, d’où la décision de rendre publique cette prise de position au Musée d’Orsay. J’avais déjà posé sous le tableau Il faut savoir que pour la série “Mémoire de l’Origine”, j’ai déjà fait une photo sous le tableau de Gustave Courbet au Musée d’Orsay bien avant le 29 mai. Je suis la seule qui détiens la photo originale de ma pose sous le tableau. Cette photo reflète mon point de vue et non celui du spectateur, elle est très différente de ce qui circule sur internet. Cette photo est la seule qui ait une valeur en tant qu’œuvre photographique et ne sera dévoilée que lors d’une exposition officielle. Les images qui circulent sur internet sont des copies en basse définition de la photo originale. Je suis tellement naturelle qu’on ne me voit pas Je trouve magnifique l’idée que d’un seul geste, le monde se mette en branle. C’est pour ça que j’ai choisi d’en faire ma signature. Tous, des gardiens au médias, tous se sont mis en mouvement et sont les reflets du “miroir de l’Origine”. Quand je parle de l’œil du sexe, je ne dis pas que le sexe est un œil, mais qu’il symbolise cet œil absent dans le tableau de Courbet. Je dis aussi que moi, Deborah de Robertis, je regarde par le sexe. Dans tout mon travail, je me mets dans la position de l’objet du regard. Je “deviens le tableau” et je regarde les gens en train de regarder. Le but n’est pas de dévoiler ce que je vois, mais de rendre visible ce point de vue invisible. C’est pour cela que je montre symboliquement l’intérieur du sexe : il a la forme du monde. Ce que je ressens au fond de moi est de l’ordre de l’intime, c’est mon secret. Ce qui importe est que j’incarne le miroir inversé, c’est à dire que je dévoile “le hors-champ” du tableau. En invitant les gens à poser sur cette peinture un regard neuf, je collabore avec un homme : Gustave Courbet. Je prends symboliquement la place de toutes les femmes La place des hommes dans mon travail est omniprésente. Je prends symboliquement la place de toutes les femmes et en même temps, je pose mon regard sur tous les hommes. Mon travail vidéo, comme par exemple “Les hommes de l’art” ou “Jeune modèle cherche artistes” sont des films dans lesquels je raconte la nudité féminine à travers le regard mis à nu des hommes. Ils sont l’objet de mon désir, mes sujets et mes alter-egos. En les filmant, je leurs tends un miroir. Dans ma performance “Miroir de l’Origine” je collabore avec Gustave Courbet. En explosant le cadre et en redonnant vie à l’origine du monde, je donne au modèle un statut d’artiste. À travers ce renversement, je questionne : “Qui est le dominant, qui est le dominé ? Qui est le maître et qui est l’élève ? Qui est la copie,qui est l’originale ? Qui est l’artiste, qui est le modèle ? Qui est l’objet, qui est le spectateur ? Qui est le regardant, qui est le regardé ?” Il y a une part d’inconnu inévitable dans une telle intervention et je m’étais préparée à toutes les éventualités. Ma technique consiste à abandonner toute idée de maîtrise. Je travaille beaucoup pour que cette pose, jambes écartées, soit parfaitement naturelle pour moi. Je travaille aussi la position et la tenue du corps. Dès que j’enlève ma veste, je n’ai plus peur. Je suis devenue spectatrice Ce qui m’a frappée dans cette scène, c’est qu’il y a eu un transfert. En prenant place sous le tableau, j’ai provoqué une inversion du point de vue. Je suis devenue spectatrice de tous ces gens qui me regardaient. Je ne voyais pas mon sexe, je voyais leurs visages devant mon sexe. Tout s’est mis en mouvement autour de moi. C’était un ballet. Tous ont joué un rôle, ils sont devenus les acteurs du “Miroir de l’Origine”. La femme qui s’est mise devant moi pour me cacher, comme pour jeter un voile sur le tableau, comme si elle avait recréé l’époque où il faisait scandale. Les gardiens auraient pu choisir de me sortir, mais c’est le public qui a été contraint. Les spectateurs ont été touchés par les gardiens mais moi, dans ma pose, aucun gardien ne m’a touchée. En évacuant la salle et en respectant “leurs règles”, ils ont sacralisé ma pose. Mes influences sont Michael Jackson et la Vierge La bande son de la performance est à la fois une énigme, une incantation, une question, une déclaration, une prière adressée à l’univers : “Je suis l’origine, je suis toutes les femmes, tu ne m’as pas vue, je veux que tu me reconnaisses” ; “vierge comme l’eau créatrice du sperme” Les deux dernières phrases sont issues d’une citation d’un livre intitulé “Mémoire du vent” d’Adonis . Dans ma performance, le jour de l’Ascension au musée d’Orsay, la bande son sur le “Ave Maria” émanait de mon corps pour questionner : Qu’est ce qu’être vierge si le sperme est pur comme l’eau ? Qu’est ce qu’être vierge si l’on considère que le sperme est aussi créé par la femme ? Qu’est qu’être vierge, si l’on considère que le sperme est créé par la vierge elle-même ? En partant du tableau de Gustave Courbet, je prends symboliquement la pose de toutes les femmes, y compris de la Vierge Marie. En la projetant dans le tableau sans identité de l’origine du monde, je lui redonne un sexe. Tout comme la Vierge, Michael Jackson est une figure universelle : tout, de sa musique à sa transformation physique. Chez Michael Jackson, il n’y plus aucune frontière entre l’unicité et l’universalité : le monde entier à pu se projeter dans son visage “blanc, noir, homme, femme, adulte et enfant”. Michael Jackson a sublimé un geste qui aurait pu être considéré comme “exhibitionniste”. Il en a fait sa signature universelle et emblématique qui a été imitée et reprise par toutes les générations. Son geste est allé bien au delà du caractère sexuel pour devenir un symbole. La seule arme de Michael Jackson a toujours été la beauté. Mon geste n’est ni transgressif, ni exhibitionniste J’ai choisi comme contexte le musée pour donner un cadre à mon geste et pour souligner que, dans un musée, la nudité n’est pas une transgression. Ma pose dans ce contexte est non seulement légitime mais aussi légale. Je pose sans me cacher, car ce n’est pas un acte exhibitionniste. L’exhibitionnisme n’est pas un acte de création. Mon travail résulte d’un ensemble de choix : du maquillage au décor, de la date au costume. Mon geste public n’a rien à voir avec ma vie intime. Une démarche, c’est l’inverse d’un acte exhibitionniste. Face à la surexposition du sexe dans notre société, mon geste frontal n’a rien de transgressif. Il s’agit la d’un simple déplacement. La transgression ne fait pas partie de mon travail, elle se passe chez l’autre. Tout le monde me pose cette question mais, moi, je ne me la pose jamais. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’aller au bout de mon geste pour en extraire ce qu’il y a de plus beau.

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